Le couvent de Petreto-Bicchisano
Lucette Poncin (Guide du Taravo, Editions Alain Piazzola, p. 148) écrit :
" C'est sans doute le plus ancien édifice conventuel conservé en bon état dans la région. Si les couvents de Bastelica, Santa Maria è Sichè ont disparu, celui de L'Ulmetu est en ruine, et il ne reste qu'une aile de celui de Zicavu. De plus, il est érigé sur un site magnifiquequi domine des collines qui descendent vesr la vallée et qui avait peut-être déjà été utilisé : lieu-dit Santa Spera proche.
Si le testament de Vincentello d'Istria, de Solacaro, le 8 mai 1537, demandait sa construction, la première pierre ne fut posée qu'en 1591 et il ne fut édifié qu'en 1600 avec la participation de toute la communauté. La construction répondait aux voeux des seigneurs feudataires qui vooulaient en faire un maillon de leur mainmise sur les populations. Comme il était situé sur la route de la transhumance du Taravu entre muntagna et piaghia, les troupeaux y trouvaient des abreuvoirs et les moines prélevaient leurs dîmes.
La configuration était celle des couvents franciscains corses : trois bâtiments dispensés en U sur une terrasse aménagée.
Dans l'aile ouest, l'étage supérieur était occupé par le dortoir, divisé en deux parties séparées par un couloir central sur lequel s'ouvrait les cellules. Chacune d'elles comprtait une fenêtre, une cheminée et un placard dans le mur. A l'extérieur, sur la façade qui regarde les villages, un appui mouluré souligne la partie basse de la cellule dite du prieur.
Sous cet étage donnant sur la cour, le promenoir en voûte d'arêtes. Au XIXème siècle, cette aile a été transformée pour élever des vers à soie, en mégisserie et des murs-cloisons séparant les cellules on été abattus. La toiture à la longue s'est effondrée, puis les voutes. La réfection de cette ailes, qui a necessité un gros effort financier, a rendu au couvent sa majesté.
Alors que l'aile sud qui servait de résidence aux propriétaires a mieux résisté, le bâtiment situé à l'est a disparu : il est occupé par l'église conventuelle où étaient enterrés les Colonna d'Istria. L'Arca qui se trouvait au départ de l'aile est, vers le sud, servait de sépulture à de nombreux habitants de la pievi.
Devant l'église s'ettendait une vaste place. Aujourd'hui c'est un champ planté d'une allée d'oliviers latins au tronc droit.
Rappelons que le couvent était le seul lieu assez vaste pour recevoir les hôtes de passage, tenir des assemblées ou caserner des troupes. Il est sur le grande voie de passage d'Ajaccio à Bonifacio. Aussi joua-t-il un grand rôle politique et militaire. La révolte féodale* du début du XVIIème siècle y a couvé : lors du soulèvement des populations, en 1613, c'était un lieu neutre de rencontres, d'asiles pour le bétail. Des consultes y eurent lieu pendant les Révolutions de Corse, en 1753, 1756 et 1758. Le chancelier du Roi Théodore, Sébastianu Costa, y est passé lors d'une grande tournée dans le Delà-des-Monts.
La vie spirituelle y connut de grands moments avec le frère Paolo Olivese, grand théologien, et comme centre de formation franciscain. Son importante bibliothèque fut malheureusement dilapidée.
Après la Révolution, bien national, il connut le sort de tous les couvents qui étaient les seuls endroits où l'on pouvait caserner les troupes, la gendarmerie, avant de devenir résidence et exploitation agricole. Il avait été racheté par Luca d'Ornano, t son demi-frère Bernardin Ramolino, oncle de Lælitia Bonaparte. Les propriétaires actuels sont de leur descendance.
* Voir Les feux de la Saint-Laurent d'Antoine-Marie Graziani et José Stromboni, (Éditions Alain Piazzola.)
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